Le point de départ : l'Île-de-France est saturée
Le registre officiel des entreprises classe les sociétés de transport de voyageurs par taxi et VTC sous le code d'activité 49.32Z. En interrogeant l'API publique recherche-entreprises.api.gouv.fr, un constat s'impose : cinq départements franciliens (Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Val-d'Oise) dépassent chacun le plafond de comptage de l'API, fixé à 10 000 entreprises actives.
Autrement dit, le coeur de l'Île-de-France concentre une densité d'opérateurs sans équivalent. Pour un nouveau chauffeur, cela signifie une concurrence maximale sur les courses, déjà documentée dans notre article sur la province comme alternative.
Hors de cette zone plafonnée, les 80 autres départements suivis totalisent environ 68 000 entreprises du secteur. La répartition est très inégale, et c'est là que les données touristiques deviennent éclairantes.
La méthode : croiser l'offre et la demande
L'idée est simple. D'un côté, le nombre d'entreprises taxi/VTC par département mesure l'offre locale. De l'autre, les nuitées hôtelières annuelles publiées par l'INSEE (fréquentation des hébergements touristiques) mesurent une partie de la demande, celle des voyageurs de passage.
En divisant les nuitées par le nombre d'entreprises, on obtient un indicateur de demande touristique par opérateur. Plus il est élevé, plus le flux de voyageurs est important au regard du nombre d'acteurs déjà installés.
Trois précautions s'imposent avant de lire le classement :
- Le code 49.32Z regroupe taxis et VTC. L'indicateur mesure la densité du secteur entier, pas le seul VTC.
- Les nuitées hôtelières ne captent qu'une partie de la demande. Elles ignorent les déplacements professionnels, domicile-travail et résidentiels, qui pèsent lourd dans les métropoles.
- La fréquentation touristique est saisonnière. Un ratio annuel lisse des pics (hiver en montagne, été sur le littoral) qui structurent en réalité l'activité.
Cet indicateur n'est donc pas un verdict. C'est une grille de lecture pour repérer des territoires où la demande de voyageurs est forte et les opérateurs encore peu nombreux.
Le classement : huit départements où le ratio est élevé
Voici les départements où la demande touristique par entreprise du secteur ressort le plus haut, sur la base des nuitées hôtelières 2025 et du comptage d'entreprises actives 2026.
| Département |
Entreprises taxi/VTC |
Nuitées hôtels/an |
Nuitées par entreprise |
| Hautes-Pyrénées (65) |
108 |
2 561 577 |
23 718 |
| Corse-du-Sud (2A) |
194 |
1 888 838 |
9 736 |
| Haut-Rhin (68) |
346 |
3 089 486 |
8 929 |
| Vosges (88) |
98 |
793 089 |
8 092 |
| Calvados (14) |
445 |
3 448 801 |
7 750 |
| Haute-Corse (2B) |
189 |
1 419 900 |
7 512 |
| Haute-Savoie (74) |
741 |
5 333 601 |
7 197 |
| Manche (50) |
172 |
1 142 108 |
6 640 |
À titre de comparaison, dans les départements de la grande couronne francilienne, ce même ratio tombe sous les 500 nuitées par entreprise. Le contraste illustre deux modèles opposés : d'un côté des marchés provinciaux portés par le tourisme et peu pourvus en opérateurs, de l'autre des territoires denses où la demande est massive mais l'offre encore plus.
Le cas des Hautes-Pyrénées : l'effet Lourdes
Le département en tête, les Hautes-Pyrénées, doit son score à un phénomène bien connu : Lourdes. La ville est l'un des premiers lieux de pèlerinage catholique au monde et concentre une capacité hôtelière exceptionnelle pour la taille du département.
Les données ferroviaires confirment ce flux : la gare de Lourdes et les autres gares du département cumulent près de 1,7 million de voyageurs par an (SNCF Open Data), un volume considérable pour un territoire rural. Cette demande est concentrée sur la saison des pèlerinages, ce qui suppose une activité très saisonnière.
Pour un chauffeur, ce type de marché peut représenter une opportunité réelle, à condition d'accepter un calendrier d'activité contrasté et de bien dimensionner ses charges. Le simulateur de revenu permet de modéliser un scénario saisonnier avec un coefficient d'activité ajusté.
Montagne et littoral : deux saisonnalités
Plusieurs départements du classement sont des destinations de montagne ou de bord de mer.
La Haute-Savoie (74) cumule plus de 5,3 millions de nuitées hôtelières et près de 11,4 millions de voyageurs ferroviaires par an, portés par les stations de ski et le tourisme estival du lac. Le Haut-Rhin (68), avec Colmar et la route des vins, dépasse 3 millions de nuitées et près de 18 millions de voyageurs train, dopés par l'axe Strasbourg-Mulhouse.
Sur le littoral, le Calvados (14) et sa côte normande, la Manche (50) avec le Mont-Saint-Michel à proximité, et les deux départements corses affichent des ratios élevés portés par une saison estivale intense.
Le point commun : une demande forte mais concentrée dans le temps. C'est l'inverse du modèle métropolitain, où l'activité est plus lissée sur l'année grâce à la clientèle d'affaires et aux trajets domicile-travail.
Comment utiliser ces données avant de s'installer
Ces indicateurs ne remplacent pas une étude de terrain, mais ils aident à cibler.
Consulter la fiche du département visé. Chaque page département affiche désormais ses indicateurs ouverts : densité du secteur, nuitées touristiques, fréquentation des gares et aéroports, et indicateurs de sûreté véhicule issus du service statistique du ministère de l'Intérieur.
Vérifier la concurrence locale. L'annuaire des centres de formation et la recherche par ville permettent de jauger l'écosystème VTC d'un territoire.
Modéliser la saisonnalité. Un marché touristique impose d'anticiper les creux. Le simulateur intègre un coefficient saisonnier pour tester la robustesse d'un projet.
Penser au-delà du tourisme. Les nuitées hôtelières ignorent la demande d'affaires et résidentielle. Un département moins bien classé ici peut offrir une activité plus régulière à l'année. Voir notre guide sur le complément de revenus.
Ce que disent, et ne disent pas, les chiffres
Cette analyse repose entièrement sur des sources publiques et vérifiables : registre des entreprises, fréquentation touristique INSEE, données ferroviaires SNCF. Elle a une limite assumée : elle mesure une demande de passage, pas la demande totale d'un territoire.
Un ratio élevé signale un territoire où les voyageurs sont nombreux et les opérateurs peu présents. Il ne garantit pas un revenu : la saisonnalité, les distances, le prix des carburants et le niveau de vie local pèsent tout autant. Tous ces paramètres sont consultables sur les fiches départementales et modélisables dans le simulateur.
Pour aller plus loin sur le choix d'implantation, voir notre guide sur la mutation de département de rattachement et notre article sur les opportunités en province.